top of page

Uri, Guillaume Tell et le berceau de la Suisse : un voyage que tout Suisse devrait faire une fois

il y a 1 heure
4 min de lecture
Il suffit de se tenir quelques minutes sur la Rathausplatz d’Altdorf, face à Guillaume Tell et son fils Walter, pour réaliser que l’on se trouve dans un endroit un peu particulier. Pas seulement devant l’un des monuments les plus célèbres de Suisse, mais au cœur d’un territoire où histoire, légendes fondatrices et géographie du pays se confondent depuis des siècles. Bienvenue à Uri.

Guillaume Tell : entre histoire et légende suisse

Commençons par remettre les choses dans leur contexte : l’existence historique de Guillaume Tell n’est pas établie. Son histoire apparaît par écrit plusieurs générations après les événements qu’elle raconte, notamment dans le Livre blanc de Sarnen, rédigé vers 1470. Elle deviendra ensuite mondialement célèbre grâce au Guillaume Tell de Friedrich Schiller, présenté pour la première fois en 1804. L’original du Livre blanc de Sarnen (Weisses Buch von Sarnen) est conservé à Sarnen, dans le canton d’Obwald, au Staatsarchiv Obwalden. Plus précisément, les fonds historiques sont conservés dans l’Hexenturm, une tour médiévale de Sarnen qui abrite également le manuscrit original datant d’environ 1470. Bonne nouvelle : il est possible de voir l’original sur demande auprès des Archives d’État d’Obwald. Il n’est donc pas exposé en permanence comme une pièce de musée classique, notamment pour des raisons de conservation. Tu peux aussi consulter l’intégralité du manuscrit numérisé, page par page, sur e-codices : voir le Livre blanc de Sarnen numérisé. C’est assez fou d’ailleurs : les dernières parties contiennent la plus ancienne version écrite connue de l’histoire de Guillaume Tell.

Selon la légende, Tell serait originaire de Bürglen, dans le canton d’Uri. Le bailli habsbourgeois Gessler aurait fait installer son chapeau sur une perche à Altdorf et exigé que les habitants s’inclinent devant lui. Tell refuse. Pour le punir, Gessler lui impose alors l’épreuve devenue mythique : tirer à l’arbalète dans une pomme posée sur la tête de son propre fils. Tell réussit. La suite du récit le mène sur le lac d’Uri, où il aurait échappé à Gessler lors d’une tempête, avant de tuer le bailli dans la Hohle Gasse près de Küssnacht. Histoire ou légende, Guillaume Tell deviendra progressivement bien davantage qu’un personnage : un symbole suisse de liberté et de résistance à l’autorité étrangère.


La statue d’Altdorf et ce mystérieux « 1307 »

C’est cette histoire que raconte le monument qui domine aujourd’hui la place principale d’Altdorf. La statue en bronze est l’œuvre du sculpteur Richard Kissling et fut inaugurée le 28 août 1895. Tell y apparaît debout, puissant, son arbalète à la main et son fils Walter contre lui.


Mais regardez attentivement le socle et vous découvrirez une curiosité : 1307. Et non 1291. Cette date vient de la chronologie de l’historien Aegidius Tschudi, qui situait en 1307 le Serment du Grütli et les événements liés à Guillaume Tell. La date de 1291 s’est ensuite imposée comme celle traditionnellement associée à la naissance de la Confédération suisse.


Pourquoi Uri occupe une place si particulière

Pour comprendre Uri, il faut autant regarder son histoire que sa géographie. Avec Schwyz et Unterwald, Uri fait partie des trois cantons primitifs associés à la naissance de la Confédération. Et le fameux Grütli se trouve justement dans le canton d’Uri, sur la commune de Seelisberg. C’est sur cette prairie dominant le lac que, selon la tradition, les représentants des trois cantons auraient prêté leur serment d’alliance.


Mais Uri est aussi façonné par une géographie spectaculaire. Le canton s’organise essentiellement autour de la vallée de la Reuss, entre le lac des Quatre-Cantons au nord et le massif du Gothard au sud. Entouré de montagnes et traversé par de grands axes alpins, il se retrouve dans une situation presque paradoxale : géographiquement enfermé par les Alpes, mais historiquement ouvert sur l’Europe grâce à ses cols.


Gothard, Klausen, Susten, Furka ou Oberalp : cette concentration de passages alpins explique en partie l’importance stratégique d’Uri au fil des siècles. Le Gothard, surtout, a transformé ce petit territoire en un axe essentiel entre le nord et le sud des Alpes. La route, la ligne ferroviaire ouverte en 1882 puis les différents tunnels n’ont finalement fait que moderniser une fonction de passage beaucoup plus ancienne. Quand nous traversons aujourd’hui Uri sur l’A2 en direction du Tessin, nous empruntons la version contemporaine d’un corridor qui structure la région depuis des siècles.


Pourquoi il faut s’y arrêter au moins une fois

C’est probablement ce qui nous a le plus marqués pendant cette escapade : on traverse énormément Uri, mais on le visite finalement assez peu. On file vers le Tessin, on surveille les bouchons au Gothard, on traverse le canton en train ou sur l’A2 sans forcément réaliser que certains des symboles les plus puissants de l’histoire suisse se trouvent à quelques kilomètres.

Autour d’Altdorf, toute une géographie de Guillaume Tell existe encore. À Bürglen, son village supposé d’origine, se trouve aujourd’hui le Musée Tell. Sur les rives du lac d’Uri, la Tellsplatte marque l’endroit où, selon la légende, il aurait bondi de la barque de Gessler pendant la tempête. Plus loin se trouve le Grütli, autre lieu incontournable du récit fondateur suisse.

Alors oui, en tant que Suisse, se rendre une fois à Altdorf et se tenir devant Guillaume Tell a quelque chose de particulier. Non pas parce qu’il faudrait considérer chaque détail de la légende comme une vérité historique, mais parce que connaître son pays, c’est aussi comprendre les récits, les symboles et les territoires qui ont contribué à construire son identité.


Et à Uri, entre Guillaume Tell, le Grütli, la Reuss, le Gothard et les immenses parois alpines, une partie impressionnante du récit suisse se trouve concentrée sur un territoire minuscule. Un petit canton sur la carte. Un immense morceau de Suisse lorsqu’on prend enfin le temps de s’y arrêter.

Commentaires


bottom of page